Des témoignages en reponse à l’énième vidéo du Ministre Blanquer

vendredi 16 juillet 2021
par  SUD éducation 03

Dans la dernière vidéo, le ministre JM Blanquer a voulu souhaiter de bonnes vacances aux personnels de l’éducation.
A l’écouter, sa politique éducative est géniale, le « Grenelle » est génial, sa gestion de la crise sanitaire est géniale.
Pourtant, dans les écoles, collèges, lycées et universités, comme dans les autres services services publics, c’est tout l’inverse : on a plutôt l’impression de gérer la pénurie, conséquence d’une politique libérale et autoritaire.

On ne veut pas d’un ministre youtuber, on veut des moyens pour travailler. Pour un service public de qualité, il y a urgence !

Voici quelques témoignages de collègues en réponse aux propos du ministre. Sur l’ensemble de ces sujets, SUD éducation est intervenu tout au long de l’année en s’adressant régulièrement à la DASEN et au recteur. Les réponses n’étaient jamais à la hauteur…

Préparer la reprise

Encore une reprise compliquée avec des annonces cacophoniques jusqu’à la veille. 2 jours avant, l’heure de rentrée des élèves n’était même pas connue. Et nous l’avons apprise au détours d’un mail, sans plus d’explication.

Annonce présidentielle et mot aux parents

Après les annonces présidentielles le mercredi soir, ma première réaction fut de l’autodéfense : je ne me plierai pas en quatre comme en mai juin.
Pourtant, dès le jeudi matin, on passe des appels aux collègues, on en cause, on reprépare sa classe, on écrit un mot au famille… et tout ça en attendant le nouveau protocole pour tout finaliser. Le mot sera envoyé le vendredi à 17h…

Masques et autotests

Nous avons eu quelques masques « slip » au début de l’année . Il faudrait donc un réassort pour la reprise. D’autant qu’il nous faut un stock pour les élèves qui n’en aurait pas. En novembre, nous n’avions toujours aucune nouvelle de la prochaine dotation.
Les dotations suivantes n’ont pas tenu compte des remarques sur la taille inappropriée des masques. Au final, on se débrouille en les achetant en grande surface.
Même chose pour les autotests en avril mai.

"Je pense de plus en plus souvent à abandonner le métier"

Professeur des écoles "en zone rurale" et personnel à risque , j ai repris mon poste lundi avec beaucoup d’appréhension, après avoir préparé avec ma mairie, la rentrée à 10 h, puis à 8h30 pendant mes vacances, et sans jamais avoir reçu le moindre mail de ma circonscription… avec des infos de collègues d’autres académies !!.j ai du préparer le dernier week end des vacances l’hommage à Samuel Paty et la séquence associée autour de la liberté… Tout cela m’a mis dans une grande tension.
Après 3 jours de reprise, toujours aucun masque reçu à l’école alors qu’ils devraient me fournir des masques ffp2… en première période, mes masques sont arrivés plus de 3 semaines après la rentrée et c’était à moi d’aller les chercher dans ma circonscription aux horaires de travail de la secrétaire ! pratique quand on habite à une heure de là (aller retour) et qu’on a ,le mercredi, des enfants à s’occuper et accessoirement une vie privée ou des rdv médicaux ( oui parce que quand on est RQTH, bien souvent on a un suivi médical et on perd un jour de carence si on a rdv sur les jours de classe, alors, quand on peut, on bloque nos mercredis pour nos rdv au chu). Ces masques , venus de chine sont des masques chirurgicaux soit disant de type 2, alors que je m’attendais à des masques "bec de canard". Je suis, depuis, couverte de boutons, la peau brûlante…
Ma directrice, enceinte a demandé elle aussi des masques ffp2, ils lui ont été refusés, car elle n’y aura droit qu’au troisième trimestre…quand elle sera en congé maternité !!
Depuis le départ en vacances de Toussaint le premier mail de notre inspecteur n ’est arrivé que le deuxième jour après la rentrée, mail laconique de soutien !! on a peine à y croire… Par contre j ai reçu , la rentrée effectuée, la date de mon inspection , pour dans une vingtaine de jours… à une autre époque , c’était 3 mois avant…
Coté élèves et parents, plusieurs familles sont touchées par la covid et pourtant nous sommes dans ce qu’on appelle " la campagne perdue"… dès lundi un élève est présent alors que ses parents, avec qui il vit, en quarantaine, attendent les résultats de leur test pcr !!! mardi au bout d’une demie heure de classe, un autre élève se plaint de vives douleurs au ventre et est brulant 38,4°, il me dit maman le sait mais elle a dit tu vas quand meme à l’école !! je dois donc isoler l’enfant en attendant les parents. J’étais triste de devoir faire subir cela à cet enfant et en colère parce que les parents ne jouent pas le jeu ! une maman, positive à la covid, me dit que son fils, qu’elle refuse de faire tester, pourra revenir vendredi d’après son médecin, alors qu’une enfant qu’elle garde en tant que nounou ne le pourra qu’à partir de mardi d’après ! ( ce ne sont pas les mêmes médecins). 
Des enfants n’ont qu’un masque pour la journée, d’autres pour la semaine , dont nous savons qu’il n’est pas lavé tous les soirs…on fait comment ?
et le protocole, on en parle ? la femme de ménage ne s’est jamais vue attribuer d’heures supplémentaires depuis l’arrivée du covid et les divers protocoles. elle ne peut donc humainement pas se démultiplier et faire le nettoyage préconisé : il lui faut choisir entre désinfecter les tables des élèves ou faire le sol, ou ne pas faire les sanitaires tous les jours ; elle n’a pas non plus de tenue appropriée, bref mis à part qu’elle passe un produit virucide avec toujours le même chiffon qu’avant, aucun changement ! la mairie voudrait bien pouvoir octroyer d’autres heures de ménage, mais à priori ce serait impossible dans son contrat, et trouver quelqu’un d’autre en plus pour quelques heures par semaines relève du parcours du combattant ! Nous venons aussi de nous rendre compte que le gel hydroalcoolique que nous avait fourni la mairie depuis mars, n’était que du gel désinfectant, en aucun cas virucide… il a cependant été remplacé dans la foulée.
Autant dire que travailler dans de telles conditions est particulièrement anxiogène et que je me sens réellement en danger. Comment faire ? m’arrêter ? mon fils de 6 ans est scolarisé dans une autre école ou j’ai toutes les bonnes raisons de penser qu’il est autant en danger que moi d’attraper le virus et de le ramener à la maison.
Autant dire qu’enseigner dans de telles conditions est particulièrement difficile : la peur au ventre, avec des familles qui ne jouent pas le jeu, dans des conditions sanitaires qui ne sont pas celles qui devraient. je suis clairement en danger, mes élèves sont en danger, nos enfants sont en danger.
je me sens totalement abandonnée tant par ma circonscription que par mon ministère, j ai clairement le sentiment que nous ne sommes, enseignants et élèves, que des pions d’une mauvaise partie de jeu dont on se fiche totalement ; je suis écœurée, lassée. J aime mon métier devant les enfants, je pense avoir une certaine conscience professionnelle, mais je pense de plus en plus souvent à abandonner le métier.

Vaccins

« Ils prennent les enseignants, même de moins de 50 ans ». C’est le bouche à oreille qui a fonctionné entre collègues pour savoir où et à partir de quand la vaccination était possible.

Pédagogie

En discutant avec plusieurs collègues, on constate des difficultés qu’on n’avait pas autant les années précédentes : élèves qui ont du mal à se mettre dans les activités proposées, règles travail en classe qu’il faut rappeler plus souvent que d’ordinaire, entrée dans la lecture qui semble décalée de quelques mois

Lettre au ministre

Monsieur le Ministre de l’Education Nationale,

Vous remerciant pour vos voeux. L’année se termine pourtant avec un goût amer de ne pas offrir aux élèves la qualité d’apprentissage dont ils pourraient pourtant bénéficier si les moyens étaient différemment répartis. Comment comprendre que Louise élève de 6ème dans l’Allier, méritante mais rencontrant de grandes difficultés, ayant obtenu 8,2/20 (avec 4/20 en français et 4.5/ en mathématiques et 6.6 / 20 en histoire -géographie) au 3ème trimestre se soit vue refuser le redoublement (elle est par ailleurs de la fin de l’année -née en octobre 2009) que ses parents avaient accepté comprenant que Louise allait pouvoir progresser. Le passage en 5ème fait intervenir l’apprentissage de la seconde langue vivante et c’est beaucoup pour une élève qui aurait besoin de consolider les bases des autres matières.

Pour reprendre une phrase de votre lettre : "Bien évidemment, à la prochaine rentrée, nous devrons tout particulièrement œuvrer à résorber les éventuelles difficultés ou les retards d’apprentissage constatés chez nos élèves." j’ai le sentiment que c’est ce que nous avons fait la rentrée dernière mais tous les élèves n’ont pas le même rythme de progression, tout comme au sein d’une même famille, les enfants sont différents. Nous reconnaissons cette différence de rythme pour l’apprentissage de la parole, de la marche… chez les nourrissons et très jeunes enfants. J’ai besoin de comprendre pourquoi le passage dans la classe supérieure se fait systématiquement sans tenir compte des rythmes personnels. Le critère de la maladie contraignant un élève à rester chez lui est bien sûr un critère indiscutable, mais ne devrait-il pas être élargi au critère d’accorder tout simplement une seconde chance de mener à bien sa scolarité et regagner confiance en soi ?

J’ai également du mal à comprendre pourquoi la décision de faire redoubler se décide après examen des dossiers des élèves par des personnes qui ne les ont pas côtoyés toute une année. Ne peut-on pas faire confiance aux enseignants qui ont pris la décision de proposer un redoublement à certains élèves ?

Vous souhaitant un bel été. Recevez mes salutations distinguées.