Projet de grille pour la classe de seconde GT

Une attaque subtile mais en profondeur
mardi 5 juin 2018
par  SUD Education 03

Ce projet de grille pour la Seconde GT est un prisme de toute la réforme du lycée. En apparence, peu de choses changent : quelques grignotages d’horaires et de petits réaménagements. En réalité, il s’agit d’un bouleversement de la structure même du lycée.

Bouleversement avec des implications profondes et radicales sur le type de système éducatif et de statut : réduction des horaires disciplinaires, accroissement des horaires répartis localement, nouveaux enseignements pouvant être assurés par des enseignant.e.s de différentes disciplines, transfert de l’orientation aux Régions, introduction du Conseil Régional et des organismes (y compris privés) validés par lui dans le cadre de « l’éducation au choix de l’orientation », transfert des missions des COPsy aux professeur.e.s, horaires annualisés pour plusieurs enseignements. En ce sens, la réforme installe des dispositifs permettant de créer des contraintes objectives pour mettre en œuvre le nouveau management, issu du privé, incarné dans la réforme de l’évaluation (PPCR) et prépare l’attaque contre le statut (annualisation, bi- ou tri-valence, remise en cause du statut de fonctionnaire, etc.). Une offensive inséparable de l’ensemble de la politique néo-thatchérienne de Macron.

L’AP ne serait plus garantie

L’Aide Personnalisée ne serait plus dans l’horaire élève obligatoire, donc elle ne serait plus financée dans la DHG et devrait être prise sur les « heures de marge » : alors elle se retrouverait en concurrence avec le financement des options et des dédoublements.
C’est un renvoi au local, facteur d’inégalités entre élèves d’un lycée à un autre et au sein d’un même lycée.

Les anciens enseignements d’exploration

Ils sont supprimés ou réduits à n’être que de simples options, financés sur les « heures de marge » (en concurrence avec l’AP et les dédoublements).
Les anciens enseignements d’exploration étaient obligatoires : tous les élèves devaient en choisir deux, soit 3h. Ils sont transférés au niveau d’une simple option : un élève de Seconde pourrait ne suivre aucun de ces enseignements.
En devenant des options, ils perdraient leur financement dans la DHG : il faudrait puiser dans les « heures de marge » pour les financer. Ainsi chaque établissement sera mis face à un dilemme insoluble : soit réduire le nombre de disciplines offertes en enseignement d’option correspondant aux ex-enseignements d’exploration, soit réduire les dédoublements.
Conséquence du point précédent : si le lycée veut garder une palette assez large de ces disciplines pour garantir la pérennité de spécialités variées ou de séries technologiques variées en Première et Terminale, alors le nombre de dédoublements devra être réduit et les conditions d’étude et de travail seront dégradées.
La réforme vise ainsi à forcer les enseignant.e.s et les parents d’élèves à choisir eux-mêmes sous quelle forme dégrader les conditions de travail et d’études ; elle vise ainsi à faire éclater les collectifs et les solidarités, car chaque choix aurait des conséquences inégales pour les disciplines, les collègues et les élèves.
Les ex-enseignements d’exploration MPS (Méthodes et Pratiques Scientifiques), ICN (Informatique et Création Numérique), Littérature et Société et PFEG (Principes Fondamentaux de l’Economie et de la Gestion) disparaîtraient totalement.

La hausse des « heures de marge » en Seconde : trompe l’œil et aggravation des inégalités territoriales

Une hausse de 1,5h des heures de marge (de 10,5h à 12h) est prévue. Mais elle devrait couvrir la suppression du financement de l’AP, soit 2h par classe, plus les enseignements devenus optionnels, soit 3h par classe minimum aujourd’hui. Faites le calcul : +1,5h – 2 – 3 = -3,5h. À cela, il faut encore ajouter le non-financement de la section euro, qui devrait elle aussi être financée sur les heures de marge, soit 2h pour un niveau. La perte est de 3,5h par classe, sans compter l’euro !! Qui sera sacrifié ?
Passer d’un financement dans la DHG à un financement sur les heures e marge, c’est passer d’un financement national, avec des heures garanties à tous les élèves, quel que soit l’établissement où ils/elles se trouvent, à un financement local, inégalitaire d’un établissement à un autre et même au sein du même établissement. Il serait tout à fait possible qu’une classe ait de l’AP et pas l’autre, que l’on préserve ici tel enseignement optionnel et pas là, etc.

Introduction des SES et disparition du PFEG… ou fusion via la réforme des programmes ?

Les SES (Sciences Economiques et Sociales) peuvent sembler « gagnantes » car elles sont introduites dans le tronc commun (1,5h), tandis que le PFEG disparaît totalement (même des enseignements optionnels). Mais, en réalité, dans le cadre de la redéfinition des programmes, il y aurait sans doute un enseignement mixte, pouvant être assuré soit par les enseignants de SES, soit d’économie-gestion (proposition du rapport CSP/CNEE, oct. 2017). En effet la réforme du lycée implique une redéfinition générale des programmes dans toutes les disciplines.
Or, la composition du groupe d’experts chargés de rédiger les futurs programmes de SES indique sans la moindre ambiguïté qu’il s’agit de faire disparaître toute dimension d’analyse globale et critique. En effet, il sera présidé par Philippe Aghion, professeur au Collège de France, qui, présentant sa conception de la réforme du programme dans une interview aux Echos (11 avril) écarte la sociologie et la science politique, pour faire la part belle à la micro-économie, qui serait la seule véritablement scientifique. Selon les informations de Mediapart (article du 13 avril), figureront aussi dans la commission Pierre-André Chiappori et Georges de Ménil, deux membres de l’Académie des Sciences Morales et Politiques. Or, cette organisation, bien connue pour sa proximité avec les milieux patronaux, a déjà rendu un rapport en septembre 2017 estimant que l’enseignement actuel des SES était « néfaste » et « compassionnel » et préconisant de le recentrer sur la micro-économie. Le formatage selon les dogmes néo libéraux via la réforme des programmes est aussi un aspect de la réforme Blanquer du lycée.

Baisse massive des horaires d’enseignement disciplinaire : - 4h

Le volume global dû aux élèves de 26h dans le projet Blanquer est un trompe l’oeil, car il inclut 54h annuelles d’éducation au choix de l’orientation, soit 1,5h par semaine en moyenne, qui viennent se substituer à des heures d’enseignement dans une discipline. En réalité, la baisse des heures d’enseignement disciplinaires se chiffre à 4h, car l’AP est aujourd’hui dans la pratique principalement dévolue à du soutien ou des compléments à l’étude d’une discipline.

Voir le tableau dans le pdf ci-dessous

Éducation au choix à l’orientation

C’est transformer les enseignant.e.s en conseiller.e.s d’orientation et en agent.e.s du tri social, tout en liquidant le service public d’orientation.
Cet « enseignement » ne correspond à aucune discipline, mais au travail assuré par les COPSY (devenus Psy-EN), dont le nombre a été réduit par les gouvernements successifs qui n’ont pas arrêté de fermer des CIO.
Curieuse coincidence : le gouvernement vient d’annoncer sa décision de fermer « à plus ou moins long terme » purement et simplement tous les CIO, service public gratuit de l’orientation, et de transférer les DRONISEP (directions régionales de l’ONISEP) aux Régions, avec leurs personnels, forcés de passer de la Fonction publique territoriale ou alors d’être mis à disposition de l’administration. Les officines privées se frottent les mains !
Les études sociologiques montrent que l’orientation ne résulte pas d’un libre choix individuel, mais est soumis à des déterminismes sociaux (de classe, de genre, etc.). L’orientation précoce renforece considérablement les déterminismes sociaux. Ainsi l’analyse du choix de l’orientation à la fin de la Troisième montre que, à niveau scolaire égal, 57 % des enfants d’ouvrier.e.s et 64 % des enfants d’employé.e.s choisissent une Seconde Générale et Technologique, quand c’est le cas de 91 % des enfants de cadres… En demandant aux professeur.e.s d’assurer un tel « enseignement », on leur demanderait en réalité de faire accepter à leurs élèves l’adaptation de leurs choix à ce que la place de leurs parents dans la société leur prescrit.
Placé sous la responsabilité du professeur.e principal.e ce nouvel enseignement « implique l’intervention des professeurs de la classe, des professeurs documentalistes, des psychologues de l’Éducation nationale et des personnes et organismes invités par l’établissement ou mandatés par le Conseil Régional » . C’est renforcer le poids des Régions et donc du localisme dans l’enseignement secondaire public et même ouvrir les portes aux organismes privés , s’ils sont « mandatés par le Conseil Régional ».

Des enseignements non disciplinaires et horaires annualisés en augmentation

C’est une remise en cause du métier et, à court terme, du statut.
On voit déjà que sur la classe de Seconde, la part des horaires non attribués à une discipline est encore plus considérable qu’aujourd’hui : 12h de marge + 1,5h d’éducation au choix de l’orientation + 1h de sciences numériques. Il faudra sans doute y ajouter bientôt l’enseignement pour le moment affiché comme SES. Cela représente 14,5h sur les 38h par classe de Seconde dans la DHG, soit 38 % des heures !
Cela donnera un instrument de pression à la nouvelle politique de management voulue par le gouvernement : avec un tel volume horaire attribuable à volonté à une discipline ou à une autre, cela donnerait un moyen de pression considérable aux chefs d’établissement sur les collègues pour leur faire accepter du travail gratuit en plus, sous la menace implicite ou explicite de la suppression de leur poste s’ils/elles ne se montraient pas assez collaboratif.ve.s.
L’éducation au choix de l’orientation est explicitement prévue en volume annuel ; en outre rien n’oblige à ce que les heures de marge soient utilisées avec un volume défini de façon hebdomadaire. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le risque de l’annualisation est loin d’être écarté. Au contraire, la réforme vise aussi à préparer, même face à la vigueur des réactions, le gouvernement a choisi de la différer, en espérant réduire les résistances, faire passer la casse du statut des cheminot.e.s, avant de s’attaquer à celui des enseignant.e.s.

[…]
L’analyse de cette grille confirme que, d’un côté, la réforme du Lycée Blanquer vise bien à organiser et à accroître par tous les moyens le tri social : elle est inséparable de la réforme du Bac et de la sélection à l’université. De l’autre, elle réduit les horaires d’enseignement disciplinaire, tout en accroissant le poids des choix locaux : en ce sens, couplée à la réforme du bac transformé en diplôme maison, elle organise la destruction du caractère national de l’enseignement. Enfin, elle implique immédiatement le remise en cause du métier d’(enseignant.e, mais aussi inévitablement, à moyen ou même à court terme (au vu des annonces de Blanquer), la liquidation du statut d’enseignant.e dans le cadre de l’offensive générale du patronat et de son gouvernement Macron-Philippe contre tous les services publics et les statuts, qui limitent un peu l’exploitation et garantissent jusqu’à un certain point une certaine qualité de service public, pour tout.e.s. Parallèlement, elle ouvre la porte à la privatisation. Cela ne vous rappelle rien ?

[…]
Le système d’enseignement doit rester public, national et gratuit !
Le service public pour tout.e.s
Le statut pour tout.e.s

Texte tiré de L’Emancipation syndicale et pédagogique n°9 mai 2018.

Grille seconde GT

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